10 min de temps de lecture 17 juin 2019
Présentation menée par un homme d’affaires devant ses collègues à travers une vitre

Repenser la fonction juridique à l’ère du numérique

10 min de temps de lecture 17 juin 2019

D’après notre enquête mondiale, les fonctions juridiques doivent changer leurs modèles opérationnels afin de maximiser la valeur générée à partir de la transformation numérique.

Notre récente enquête sur les activités juridiques, menée auprès de 1 058 directeurs juridiques issus d’entreprises du monde entier, dévoile les pressions auxquelles sont actuellement soumises les fonctions juridiques ainsi que la façon dont elles peuvent entraîner, à terme, un changement dans les modèles opérationnels. Dans le cadre de l’une des enquêtes les plus complètes jamais menées sur la fonction juridique, les réponses révèlent que les fonctions juridiques doivent concilier à la fois une augmentation de la demande et une réduction des coûts, tout en garantissant leur conformité à un cadre réglementaire complexe et en constante évolution. Parallèlement, il leur est difficile de profiter pleinement des progrès technologiques ainsi que d’attirer et de déployer des talents.

En conséquence, de nombreuses fonctions juridiques reconnaissent que leurs modèles opérationnels devront probablement changer, avec notamment un recours à des prestataires externes plus fréquent, afin de surmonter tous ces défis.

  • Méthodologie de notre enquête

    Notre enquête, menée par Euromoney Institutional Investor Thought Leadership en fin d’année 2018, s’est principalement intéressée aux fonctions juridiques de grandes entreprises issues de divers secteurs, y compris la grande consommation et les biens manufacturés diversifiés, ainsi que sur les fonctions juridiques gouvernementales et du secteur public.

Cinq tendances clés se dégagent des résultats de cette enquête.

1. Un changement induit par des pressions sur les coûts

Les résultats de notre enquête indiquent clairement que les fonctions juridiques doivent en faire davantage avec moins de ressources.

En effet, 82 % des entreprises prévoient de réduire les coûts concernant leurs fonctions juridiques au cours des 24 prochains mois.

Malgré cela, près de 9 personnes interrogées sur 10 (87 %) estiment que leur fonction juridique a connu une augmentation modérée à forte de la demande concernant des informations de gestion au cours des cinq dernières années.

Au vu notamment de la réduction des coûts prévue par les personnes interrogées, ces facteurs contradictoires devraient comprimer davantage les activités de la fonction juridique.

Alors que les entreprises envisagent de réduire leurs coûts de 11 % en moyenne, ce chiffre est encore plus élevé dans certaines régions et selon la taille de l’entreprise. Par exemple, les entreprises d’Amérique du Nord prévoient de réduire leurs coûts de 13 % en moyenne, voire davantage pour les grandes entreprises.

Réduction des coûts

15 %

est la réduction des coûts moyenne prévue par les fonctions juridiques composées de plus de 1 000 personnes.

Afin de répondre à la fois à l’augmentation de la demande et à la réduction des coûts, les entreprises devront probablement se concentrer davantage sur la réévaluation de leurs modèles opérationnels, ce qui pourra inclure un recours accru à des prestataires externes.

D’après notre enquête, les fonctions juridiques se trouvent dans une phase décisive. Comme il est impossible de mener davantage d’activités avec une équipe toujours plus allégée, nous demandons aux directeurs juridiques de proposer des idées afin de refaçonner la fonction.

2. Un besoin de capitaliser sur la technologie

Bien que l’importance de la préparation numérique ainsi que de l’utilisation de technologies innovantes dans une entreprise pour une efficience soit largement reconnue, les réponses à notre enquête indiquent que la fonction juridique risque de prendre du retard sur d’autres fonctions, telles que les ressources humaines, l’informatique et la finance, qui ont tiré pleinement parti de leur modernisation.

En effet, près des deux tiers (64 %) des personnes interrogées estiment que d’autres fonctions au sein de leur organisation, telles que la finance, ont davantage profité de l’innovation, que ce soit par l’adoption de nouvelles technologies ou par un investissement plus élevé dans l’innovation.

Notre enquête met également en évidence un certain nombre d’obstacles à la mise en œuvre de l’innovation dans la fonction juridique. En tête de liste figurent les « pressions continues habituelles », citées par 36 % des personnes interrogées et suivies de près par les « contraintes budgétaires » (32 %). Ces dernières s’expliquent logiquement par les pressions sur les coûts évoquées précédemment.

Obstacles à l’innovation

28 %

des personnes interrogées considèrent le « manque de compétences/d’intérêt de la part de la direction » comme un obstacle à la mise en œuvre de l’innovation.

Les dirigeants de la fonction juridique doivent revoir leur programme.

Par ailleurs, les résultats font état d’un manque de compétences de la part de la direction elle-même pour stimuler l’innovation, comme des connaissances technologiques ou des compétences en matière de gestion du changement. De même, un manque « d’intérêt » peut laisser entrevoir des priorités conflictuelles pour les décideurs.

Si elle ne parvient pas à tirer parti d’une technologie innovante, la fonction juridique pourrait devenir le maillon faible de la chaîne opérationnelle. Les entreprises qui modifient leurs modèles opérationnels afin de capitaliser sur les progrès technologiques pourraient bien gagner en efficacité opérationnelle et réduire leurs coûts. Ainsi, ces organisations seront plus à même de s’adjuger un avantage concurrentiel, tel qu’une rapidité de commercialisation avec de nouveaux services ou une adaptation plus rapide à la nouvelle réglementation. À mesure que les entreprises s’adaptent et gagnent en rapidité à l’ère du numérique, leurs fonctions juridiques doivent être capables de suivre le rythme.

Si des mesures de réduction des coûts simples et à court terme telles que la diminution des effectifs ou l’adoption de technologies semblent être banales, notre expérience nous permet d’affirmer que vous rencontrerez les mêmes problèmes dans votre fonction juridique si vous ne libérez pas le processus et le flux de travail.

3. Une confiance en matière réglementaire

Le paysage législatif et réglementaire a posé d’importants défis ces dernières années et le rythme des changements à cet égard ne montre aucun signe de ralentissement.

Malgré certaines incertitudes, les fonctions juridiques se disent largement confiantes et affirment disposer d’un programme de préparation solide afin de répondre aux futurs enjeux réglementaires, notamment aux nouvelles règles de confidentialité et d’élimination, aux demandes de données de tiers ou à d’autres questions à cet égard, telles que la réforme fiscale américaine ou la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS).

En matière de préparation, les réponses sont plus mitigées quant à la planification du Brexit, ce qui n’est pas surprenant. En effet, l’incertitude à ce sujet était à son paroxysme au moment de la réalisation de cette enquête.

En dépit de la confiance générale apparente concernant un large éventail de questions réglementaires, les entreprises doivent continuellement s’assurer qu’elles disposent de talents compétents et des capacités technologiques nécessaires pour surveiller, évaluer et répondre efficacement aux changements législatifs majeurs à travers la planète.

Les pressions sur les coûts ainsi que les lacunes technologiques précédemment évoquées pourraient bien rendre la tâche plus difficile que prévu.

4. Un recrutement et un déploiement de talents difficiles

Pour chaque fonction, il est essentiel de tirer le meilleur parti des talents disponibles afin d’optimiser les opérations commerciales. Néanmoins, notre enquête met en évidence des enjeux grandissants spécifiques à la fonction juridique.

Non seulement les entreprises éprouvent des difficultés à trouver des talents compétents, mais elles ont également du mal à les déployer le plus efficacement possible.

Près de trois entreprises sur cinq (59 %) éprouvent des difficultés à attirer et à fidéliser les talents nécessaires.

Utilisez vos ressources à bon escient.

De manière générale, les entreprises semblent consacrer beaucoup de temps et d’efforts à des tâches routinières/peu stimulantes.

Temps consacré à des tâches peu stimulantes

27 %

du temps de travail total au sein de la fonction juridique concerne des tâches de conformité routinières et peu stimulantes.

Ces deux observations indiquent une urgence pour les entreprises en matière de ressources. Si l’amélioration des programmes internes de formation et d’acquisition de compétences semble être une solution, il s’agit généralement d’une initiative à moyen et long terme. Ainsi, il est probable que les fonctions juridiques sollicitent des prestataires externes, notamment en ce qui concerne des tâches routinières. Les fonctions juridiques doivent veiller à ce que leur réflexion soit en phase avec l’ensemble de l’entreprise sur ces points et à tirer des leçons de l’automatisation intelligente largement mise en œuvre.

5. Une réévaluation des modèles opérationnels

Compte tenu du contexte actuel autour des fonctions juridiques, il est tout à fait compréhensible que beaucoup évaluent en permanence leurs modèles opérationnels. Cette observation est d’autant plus évidente dans les domaines de l’externalisation et des achats.

D’après notre enquête, 33 % des entreprises externalisent déjà un vaste ensemble de processus de leurs fonctions juridiques, tels que la gestion des entités juridiques et la conformité. Une proportion encore plus importante envisagerait de faire de même.

Processus d’externalisation

41 %

des entreprises envisageraient d’externaliser les activités routinières de leurs fonctions juridiques.

Les équipes d’achats performantes privilégient la valeur, tout en faisant baisser les prix.

Les modèles en matière d’achats évoluent également, puisqu’une attention accrue est accordée aux prestataires de services juridiques alternatifs ainsi qu’aux sous-traitants de processus juridiques.

Si ce constat est vrai dans toutes les entreprises de toutes les tailles, il est particulièrement manifeste au sein des petites fonctions juridiques de moins de 1 000 personnes. En effet, 60 % d’entre elles envisagent de solliciter des prestataires de services juridiques alternatifs ainsi que des sous-traitants de processus juridiques.

Un meilleur processus d’achats permet aux entreprises de fournir des services plus efficacement. À la lumière des pressions actuelles auxquelles sont soumises les fonctions juridiques, il est essentiel de continuer à examiner les différentes possibilités qui permettent de répondre à des demandes complexes et changeantes, comme en témoigne cette enquête.

Conclusion

Comme le révèlent les résultats de notre enquête, les fonctions juridiques sont confrontées à des pressions de toutes parts, qui se sont accumulées pour créer un environnement propice au changement.

Le besoin de répondre à une demande croissante va directement à l’encontre des réductions de coûts prévues. Par conséquent, les fonctions juridiques doivent revoir attentivement leurs modèles opérationnels afin de répondre à ces attentes contradictoires.

L’innovation technologique et l’optimisation des talents devraient logiquement faire partie de la solution. Cependant, les fonctions juridiques admettent éprouver des difficultés sur ces deux aspects. En conséquence, beaucoup envisagent désormais de recourir à l’externalisation ainsi qu’à un processus d’achats externe.

Les fonctions juridiques font indiscutablement face à un changement radical, que nous abordons plus en détail dans notre rapport d’enquête complet.

Les points clefs

     
  • Inclure les fonctions juridiques internes dans le cadre d’initiatives de transformation globales
  • Identifier sans plus attendre les domaines d’innovation pour éviter un élargissement du fossé entre la fonction juridique et la stratégie d’entreprise
  • Attirer et, plus important encore, déployer efficacement des talents juridiques
  • Surveiller de près les enjeux réglementaires régionaux et mondiaux
  • Réévaluer le modèle opérationnel de la fonction juridique pour optimiser la valeur
 

Ce qu'il faut retenir

Les fonctions juridiques sont confrontées à des pressions de toutes parts, qui se sont accumulées pour créer un environnement propice au changement à l’ère du numérique.

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